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L'écriture inclusive : un atout ou un obstacle pour le marketing ?

Cet article est le transcript et les ressources de l'épisode 38 du podcast Slow Marketing. 🎧 Voici le lien pour écouter l'épisode ! 📮Abonne-toi à la Newsletter pour ne rien louper des prochains épisodes !


“L'utilisation de l'écriture inclusive permet à toute la communauté de se sentir concernée par nos écrits. En écrivant de manière non inclusive, on exclut en fait 50% de la population. De nombreuses études montrent que les femmes ne se sentent pas concernées quand on s'adresse uniquement au masculin.”

Stéphanie Gélinas, experte en copywriting et engagée pour une communication inclusive, explore les nuances et les puissances de l'écriture inclusive dans le monde du marketing. Cet épisode spécial vous plonge dans la pratique qui vise à transformer non seulement la langue mais aussi les mentalités.

🔍 Questions clés de l'épisode :

  1. Qu'est-ce que l'écriture inclusive et pourquoi est-elle essentielle aujourd'hui ?

  2. Quelles sont les différentes techniques d'écriture inclusive et comment choisir la plus adaptée ?

  3. Quels défis les entreprises peuvent-elles rencontrer en adoptant l'écriture inclusive et comment les surmonter ?

  4. En quoi l'écriture inclusive peut-elle influencer positivement l'engagement des consommateurs ?


Vignette épisode #39 - L'écriture inclusive : un atout ou un obstacle pour le marketing ? avec Stéphanie Gélinas - Podcast Slow Marketing


Les ressources


Le transcript

Avant qu'on démarre notre conversation sur l'écriture inclusive, est-ce que tu pourrais nous partager ton parcours ?

Stéphanie: Oui, absolument. Je suis avant tout copywriter, ou rédactrice persuasive en français, depuis cinq ans en freelance. Je rédige pour mes clients divers formats allant des sites web, en incluant des éléments SEO, aux lancements, séquences de mails, pages de vente, et plus encore. J'offre également des formations et du coaching en copywriting, et je travaille avec des TPE, PME, des causes, et des fondations.

Avant de devenir freelance, j'ai travaillé en agence dans les domaines du marketing, du web, des relations publiques et de la communication. Depuis mes débuts en tant que freelance, il y a environ cinq ans, j'ai développé un intérêt marqué pour l'écriture inclusive. À l'époque, je travaillais pour un média qui utilisait ce type d'écriture, ce qui m'a beaucoup influencée.

Ce qui a vraiment éveillé mon intérêt pour la question, c'est la lecture du livre L’Euguélionne de Louky Bersianik, un ouvrage féministe des années soixante-dix au Québec. L'histoire raconte les aventures d'une extraterrestre qui arrive sur Terre et questionne la langue française, notamment le fait que le masculin l'emporte sur le féminin. Par exemple, elle remarque qu'on dit "un petit camion et un million de femmes se sont baladées" avec un accord au masculin, suggérant que ce petit camion a plus d'importance qu'un million de femmes. Cette réflexion m'a vraiment sensibilisée au sexisme latent de la langue française.

Pour moi, il était donc naturel d'adopter ce type d'écriture et de m'engager dans une démarche féministe. Au fil des années, j'ai commencé à écrire de cette manière pour certains de mes clients et clientes qui souhaitaient aller dans ce sens. Cela reste optionnel, et une partie de ma clientèle préfère ne pas utiliser l'écriture inclusive, ce qui est tout à fait acceptable. Actuellement, j'offre également des formations et du coaching sur l'écriture inclusive, ainsi que des services de révision dans ce domaine.


Trop chouette comme parcours. J'aime bien ton déclic avec les livres. Moi, ça me parle beaucoup. Il y a un livre que j'ai lu, alors ça n'a pas été un déclic sur l'écriture inclusive, mais ça m'a fait aussi prendre conscience du poids des mots et de leur impact. C'est Psaume pour les recyclés sauvages de Becky Chambers, que j'ai lu en français. Il est complètement en écriture inclusive et les personnages principaux sont non genrés. Pendant toute la lecture du roman, et même dans la deuxième partie, tu essaies tout le temps de donner un genre aux personnages. C'était vraiment une lutte pour moi de me dire, non, le personnage est non genré, laissons-le comme ça. C'est vrai que ce n'est pas habituel, c'est très bizarre comme langue. J'aimerais bien que tu nous donnes ta définition de l'écriture inclusive. Tu nous expliques ses grands principes, ses grandes lignes.

Stéphanie: Absolument. L'écriture inclusive, l'objectif, c'est d'inclure tout le monde. Cela signifie inclure autant les hommes, bien sûr, mais aussi les femmes et idéalement les personnes non binaires, donc toutes les identités de genre finalement. Mais pour moi, ça va plus loin. J'ai l'impression qu'on n'en parle pas beaucoup lorsqu'on discute de rédaction inclusive.

Idéalement, l'écriture inclusive devrait aussi éviter autant que possible les biais, stéréotypes, privilèges, généralisations et expressions à connotation discriminatoire, que ce soit raciste, sexiste, capacitiste, âgiste, etc. Pour moi, cela ne doit pas se limiter aux identités de genre. C'est pourquoi dans ma formation, j'inclus une partie sur ces aspects pour sensibiliser sur les biais, éduquer sur les sujets et les angles que l'on va aborder, et sur la manière de le faire. Il s'agit d'être attentif aux expressions que l'on utilise, qui peuvent être chargées sans que cela soit intentionnel.

Pour moi, l'écriture inclusive doit aller au-delà du simple point médian, qui est l'une des formes d'écriture inclusive.


Justement, tu nous as parlé du point médian. Quelles sont les différentes manières d'écrire en écriture inclusive ?

Stéphanie : Oui, absolument. Il y a différentes méthodes ou formules pour l'écriture inclusive.

D'abord, il y a la féminisation. Cela consiste à rendre visibles les femmes dans les textes. Par exemple, pour les noms de métiers, on utilise les doubles formes : "dirigeant" et "dirigeante". Pour les adjectifs, on peut utiliser une barre oblique : "beau/belle". Cette méthode vise à rendre les femmes plus visibles dans le langage.

Ensuite, il y a l'écriture épicène ou neutre. C'est une écriture inclusive qui passe plus inaperçue, car elle ressemble à l'écriture traditionnelle. On évite de genrer les verbes et les qualificatifs en utilisant des noms collectifs comme "équipe" ou des noms neutres comme "personne". On reformule les phrases pour éviter de genrer. Cette méthode est souvent moins critiquée, mais l'effort pour rendre visibles les femmes et les personnes non binaires est moins évident. En rédaction persuasive, il est important de garder des phrases directes et percutantes, ce qui peut être un défi avec cette méthode.

Il y a aussi l'écriture non binaire. Ici, on inclut explicitement les personnes non binaires aux côtés des hommes et des femmes. Cela peut inclure des néologismes, de nouveaux mots comme "iel", et l'utilisation du point médian. Le point médian peut appartenir à la féminisation et à l'écriture non binaire. Par exemple, écrire "dirigeant·e" peut inclure à la fois les femmes et les personnes non binaires, même si toutes les personnes non binaires ne se sentent pas nécessairement incluses par cette forme.

Certaines personnes utilisent également des points ou des "x" à la place des points médians. Cela complexifie encore plus l'écriture, mais ces formes sont parfois préférées par certaines communautés.

La meilleure approche est souvent un équilibre entre toutes ces techniques. J'utilise un peu de toutes ces méthodes selon le contexte. On peut établir des règles spécifiques, par exemple, utiliser le point médian avec parcimonie ou éviter les néologismes pour des raisons de clarté. Cela dépend du type d'entreprise et de son public cible.

Anaïs : Oui, finalement, chacun a son curseur, quoi.

Stéphanie : Absolument. L'écriture inclusive peut être très militante, mais il est important de trouver un équilibre qui convient à chacun. Même en en faisant un peu, c'est déjà beaucoup comparé à d'autres marques. On peut y aller progressivement et c'est tout à fait acceptable.


Selon toi, pourquoi est-ce important aujourd'hui que les marques et les entreprises utilisent l'écriture inclusive dans leur marketing et leur communication ?

Stéphanie : L'utilisation de l'écriture inclusive permet à toute la communauté de se sentir concernée par nos écrits. En écrivant de manière non inclusive, on exclut en fait 50% de la population. De nombreuses études montrent que les femmes ne se sentent pas concernées quand on s'adresse uniquement au masculin.

Par exemple, si on parle de "musiciens", on ne visualise pas nécessairement un groupe mixte, mais plutôt un groupe uniquement masculin. Le cerveau n'interprète pas le masculin comme un genre neutre. Des psycholinguistes ont mené des études pendant des décennies pour prouver cela.

Un exercice typique consiste à dire : "Un groupe de musiciens sort, une femme ouvre son parapluie." Les gens ont tendance à voir deux groupes distincts, ne considérant même pas que la femme fait partie du groupe de musiciens. Cependant, si on dit : "Des musiciennes et des musiciens sortent, une femme ouvre son parapluie", la femme est alors perçue comme faisant partie du groupe.

D'autres recherches montrent que lorsque l'on demande de nommer des écrivaines et des écrivains célèbres, on obtient trois fois plus de noms d'écrivaines que lorsqu'on demande seulement des écrivains célèbres. De même, des offres d'emploi non féminisées attirent beaucoup moins de candidatures féminines. À l'école, si les noms de métiers ne sont pas féminisés, les jeunes filles sont moins enclines à se projeter dans des métiers traditionnellement masculins.

En résumé, il est prouvé que l'écriture inclusive permet aux femmes de se sentir plus concernées par le message marketing ou publicitaire. De plus, il est crucial de se connecter avec toutes les cultures, âges, capacités, etc., pour que personne ne se sente opprimé par nos propos.

Pour moi, cela va même au-delà. Par exemple, lorsque je remplis un formulaire et qu'il n'y a que les options masculin et féminin pour le genre, je trouve cela décevant. Même si cela ne m'opprime pas personnellement, je sais que certaines personnes se sentiront exclues. Ajouter une option pour les personnes non binaires dans un formulaire, par exemple, n'est pas si difficile et peut faire une grande différence.

En fin de compte, l'écriture inclusive est une base solide pour toute entreprise qui souhaite être perçue comme inclusive. Cependant, il est important de noter que l'utilisation de l'écriture inclusive ne suffit pas à elle seule à faire d'une entreprise une entreprise inclusive. C'est un outil parmi d'autres pour démontrer un engagement vers l'inclusion.


Je suis complètement d'accord. J'ai deux exemples qui me viennent en tête. Le premier, tu as dit qu'effectivement, ça permettait d'inclure tout le monde, notamment 50 % de la population. Il y a quelque temps, j'ai changé de comptable et j'ai dû signer plusieurs contrats avec ce nouveau comptable. Dans une vingtaine de pages de contrat, c'est toujours écrit "le dirigeant de l'entreprise". À un moment, je me suis dit : "Oui, mais je suis une femme." Dans l'administratif, on utilise souvent le masculin neutre, et cela exclut toutes les personnes qui ne s'identifient pas comme hommes, soit au moins 50 % de la population. Le deuxième exemple est celui de Thomas Burridge, qui a un podcast sur le freelancing. Dans une de ses interventions, il expliquait qu'il utilisait le féminin neutre dans son podcast. Il avait réalisé que la majorité de son audience était féminine et que pour lui, c'était naturel d'utiliser le féminin neutre. Il n'avait pas spécialement communiqué dessus, mais il avait reçu des retours positifs d'auditrices qui se sentaient plus concernées. Moi-même, je dis parfois "auditrices et auditeurs" pour inclure tout le monde, et cela fait une grande différence.

Stéphanie : Absolument, c'est intéressant. Ce n'est pas quelque chose que je conseille systématiquement parce que dans certains contextes, cela peut renforcer les stéréotypes de genre. Par exemple, au Québec, les sages-femmes sont principalement des femmes. Pourtant, le terme "sage-femme" fait référence aux femmes qui accouchent, pas aux professionnels. Donc, on pourrait avoir des "sages-hommes" ou des "sages-femmes" hommes.

C'est représentatif de la majorité, mais il faut être prudent pour ne pas renforcer l'idée que certains métiers ne sont pas pour les hommes. Un autre exemple que je partage souvent en formation provient du livre "Pour l'amour des hommes" de Liz Plank. Dans ses conférences, Liz demande à l'audience : "Qui a déjà dit à sa fille qu'elle pouvait faire tout ce qu'un garçon peut faire ?" Beaucoup lèvent la main. Puis elle demande : "Qui a déjà dit à son fils qu'il pouvait faire tout ce qu'une fille peut faire ?" Là, beaucoup moins de mains restent levées.

Il est important de dire aux garçons qu'ils peuvent aussi être infirmiers, esthéticiens, ou sages-femmes. Cela montre que ces métiers sont tout aussi valables. Selon les contextes, je recommande une écriture vraiment inclusive, surtout pour les métiers traditionnellement réservés aux femmes, afin de casser ces stéréotypes.

Anaïs : Complètement d'accord. Les mots que nous utilisons ont un impact réel. Ils ont un pouvoir puissant sur notre imaginaire et sur ce qui se passe dans la réalité.

Stéphanie : Absolument. Il est prouvé que les mots élargissent nos perspectives mentales. Cela a un impact définitif.


Et du coup, est-ce que tu peux nous expliquer comment faire si, par exemple, je fais partie d'une équipe marketing ou communication dans une entreprise et je veux mettre en place l'écriture inclusive ? Quelles sont les questions à se poser avant de démarrer et quelles sont les étapes pour la mettre en œuvre ?

Stéphanie : Absolument, il y a plusieurs étapes à suivre pour mettre en place l'écriture inclusive. Tout d'abord, il est important de se former et de se poser les bonnes questions. Cela peut passer par une formation dédiée ou simplement par des lectures. Il existe de nombreuses ressources sur le web.

Ensuite, il faut déterminer jusqu'où vous souhaitez aller avec l'écriture inclusive. Par exemple, il y a la féminisation des termes, l'utilisation de termes épicènes, l'inclusion des personnes non binaires, l'emploi de néologismes et l'utilisation du point médian. Il faut décider ce qui convient le mieux à votre entreprise. Certaines entreprises sont à l'aise avec des réformes plus radicales, tandis que d'autres préfèrent rester plus conservatrices.

En suivant les recommandations de l'Office québécois de la langue française ou en adoptant une approche plus progressive, il faut comprendre que l'Académie française est souvent plus réticente aux changements. Accepter une certaine rébellion contre les normes établies peut être nécessaire pour faire avancer la société.

Une fois que ces décisions sont prises, il est utile de créer un guide de rédaction inclusive propre à l'entreprise. Cela peut inclure les méthodes recommandées, des alternatives aux termes courants non inclusifs et un lexique. Il existe de nombreux guides disponibles en ligne dont on peut s'inspirer.

Ensuite, il s'agit d'appliquer ces principes à vos écrits. Cela peut commencer par les nouveaux contenus et progressivement inclure les pages principales de votre site web, comme la page d'accueil ou la page "À propos". Si vous avez un site volumineux, il peut être intimidant de tout modifier d'un coup, donc priorisez les changements.

Il existe aussi des outils pour vous aider dans cette démarche. Par exemple, j'ai récemment lancé un outil appelé Maxime pour l'écriture inclusive sur ChatGPT. Maxime est un prénom non genré et cet outil peut aider à rendre vos textes plus inclusifs.

Il y a également le module de rédaction inclusive intégré dans Antidote. D'autres ressources comme le compte Instagram "Communication Inclusive" de Carole offrent des conseils et des ressources gratuites sur le sujet.

Enfin, il est important de considérer la lisibilité et la simplicité de vos écrits. Utiliser des outils comme Hemingway pour évaluer la clarté de vos textes ou Smodin pour proposer des réécritures peut être très utile. Ces outils vous aident à simplifier vos phrases, ce qui rend votre contenu plus accessible à tous.

En résumé, la mise en place de l'écriture inclusive nécessite une formation, la création d'un guide, l'application progressive des principes et l'utilisation d'outils pour aider à rendre ce processus plus fluide et efficace.


Très bien, merci pour tous ces outils. Nous ajouterons bien sûr toutes ces ressources dans les notes de l'épisode. Cela fait une bonne transition avec ma question suivante. Tu as mentionné en première action de se former et de faire des recherches, car il existe énormément de ressources sur internet. Cependant, je ne sais pas si c'est la même chose au Québec, mais en France, j'avais été choquée il y a quelques mois en faisant des recherches sur l'écriture inclusive. J'ai constaté que beaucoup de sites très bien référencés étaient en réalité anti-écriture inclusive, diffusant de fausses informations sur son utilisation dans les écoles, par exemple. J'ai été vraiment surprise par le nombre de sites anti-écriture inclusive qui arrivent en tête des résultats Google. Qu'en penses-tu ?

Stéphanie : Oui, c'est un point intéressant. Je vais faire quelques tests sur Google France, car la plupart de mes recherches se sont concentrées sur le Québec, et je n'ai pas remarqué ce phénomène. Cependant, je pense que le contexte est différent ici. L'Académie française a une forte influence en France, et il y a beaucoup de personnes qui cherchent à dissuader l'utilisation de l'écriture inclusive. Cela a été très critiqué, et l'Académie française a même parlé de "péril mortel".

Au Québec, nous avons peut-être moins cet attachement au français classique et à la tradition. Il y a peut-être moins de résistance à l'idée de changer la langue. L'Office québécois de la langue française est plus suivi ici, ce qui nous permet de nous détacher un peu des préceptes de l'Académie française. Cependant, cela ne signifie pas que l'écriture inclusive fait l'unanimité ici non plus. Je n'ai pas été exposée à autant de résistance que ce que tu décris en France.

Anaïs : C'est vrai qu'en France, il y a beaucoup plus de réactivité sur ce sujet. Moi, j'habite en Belgique maintenant, et ici, c'est un pays trilingue, donc il y a moins de pression sur la correction du français. Si tu écris correctement le français, c'est déjà bien. Il y a moins d'attachement à cette notion de langue française classique, ce qui est historiquement intéressant. Au XVIIe siècle, les noms de métiers étaient féminisés, et la langue était beaucoup plus inclusive avant l'influence de l'Académie française.


Selon toi, quels sont les principaux défis et critiques que peuvent rencontrer les marques qui adoptent l'écriture inclusive dans leur communication ?

Stéphanie : Oui, bien sûr. D'abord, je voulais rebondir sur ce que tu as dit : l'une des objections courantes est que "ça a toujours été comme ça, pourquoi changer une formule gagnante ?" Mais comme tu l'as mentionné, ce n'est pas le cas. La langue évolue avec la société, elle doit être utile. Chaque année, de nouveaux mots sont ajoutés au dictionnaire. Par exemple, la féminisation des noms de métiers existait déjà à l'époque, notamment pour les métiers dits prestigieux comme "philosophe" ou "peintresse". Même l'accord de proximité, qui consiste à accorder le verbe ou le qualificatif avec le nom le plus proche, existait avant.

Au Québec, cela commence à revenir, bien que ce ne soit pas encore recommandé par l'Office québécois de la langue française, et certainement pas par l'Académie française. C'est donc intéressant de noter que ce qui est souvent perçu comme un changement radical est en réalité un retour à des pratiques plus anciennes.

Pour répondre à ta question, les défis et critiques que peuvent rencontrer les entreprises qui adoptent l'écriture inclusive sont nombreux. D'abord, il y a les critiques en général. Il faut savoir y faire face et déterminer le niveau de tolérance de l'entreprise à ces critiques. Les institutions plus gouvernementales ou politiques, par exemple, devront peut-être être plus prudentes.

Il existe des alternatives plus "safe", comme l'écriture épicène, qui ne se remarque pas nécessairement et qui est moins sujette à la critique. Cependant, l'écriture épicène rend moins visible l'effort de féminisation et d'inclusion des personnes non binaires.

Certaines objections courantes incluent :

  1. Non-conformité à la langue : Certains diront que l'écriture inclusive n'est pas conforme à la langue française telle que définie par l'Académie française. Mais comme je l'ai dit, la langue évolue avec la société.

  2. Difficulté de lecture : Certains trouvent que l'écriture inclusive, notamment l'utilisation du point médian, est plus difficile à lire. Les études montrent que la première fois que quelqu'un rencontre un point médian, il peut trébucher sur le mot. Mais dès la deuxième ou troisième lecture, cela devient fluide. C'est une question d'habitude et d'adaptation.

  3. Compatibilité avec les lecteurs automatiques : Les personnes non voyantes ou malvoyantes peuvent rencontrer des difficultés avec certains lecteurs automatiques. Cependant, ces technologies s'adaptent de plus en plus, surtout au point médian. La priorité pour les utilisateurs de lecteurs d'écran est de comprendre le message, même si certains détails sont perdus.

  4. Impact sur le référencement : Les moteurs de recherche ne sont pas encore entièrement capables de comprendre les formes inclusives comme "dirigeant·e". Cependant, il existe des moyens de contourner ce problème et d'optimiser le contenu pour le référencement tout en utilisant l'écriture inclusive.

  5. Perception d'exclusivité : Certaines personnes pensent que l'écriture inclusive est exclusive car elle peut sembler compliquée ou élitiste. Cependant, c'est une question d'habitude et d'adaptation.

Enfin, l'idée que le masculin est la forme neutre est une autre objection courante. Comme je l'ai mentionné, ce n'est pas le cas. Le cerveau ne peut pas traiter le masculin comme neutre et mixte simultanément.

Je ne sais pas si tu as d'autres objections ou défis en tête, mais ceux-ci sont parmi les principaux auxquels les entreprises doivent se préparer lorsqu'elles adoptent l'écriture inclusive.


J'ai envie de dire, il y a un truc aussi qui apparaît, c'est que ça a l'air compliqué alors qu'au final, il y a juste des habitudes à prendre. Il y a deux ou trois concepts à comprendre et à mettre en place. Et puis après, c'est un peu comme tu le disais, ça ne va peut-être pas être parfait au début, mais au moins, c'est un début. Par exemple, j'essaie de faire de l'écriture inclusive dans mes posts LinkedIn et dans ma manière de parler à l'oral maintenant. Mais tout est au masculin neutre dans mon quotidien, donc parfois je vais dire "mes auditeurs" en parlant de mes auditrices et auditeurs, et ce n'est pas grave si ce n'est pas parfait. Je pense que c'est un point important.

Stéphanie : Absolument. Je dis souvent qu'il faut viser le progrès plutôt que la perfection. L'écriture inclusive est encore nouvelle pour beaucoup de gens, et il faut adopter une posture d'apprentissage continu, d'évolution, et d'ouverture. Il faut aussi faire preuve d'humilité si on fait une erreur.

À l'oral, c'est plus difficile. Même si je l'enseigne, je fais parfois des erreurs. Je peux dire "auditeur" au lieu de "auditrice" ou d'autres termes. À l'oral, c'est plus complexe parce qu'on n'a pas le temps de réfléchir ou de réviser comme à l'écrit.

Concernant la complexité, c'est vrai que tout changement peut sembler compliqué au début, mais l'écriture inclusive est relativement simple à apprendre. Par exemple, ma formation dure trois heures et demie, et à la fin, les participants sont normalement équipés pour créer leur propre guide de rédaction inclusive. Ce n'est pas un doctorat, c'est une question de pratique et d'essai-erreur. Il faut vraiment le voir comme un processus d'amélioration continue.

Il est certain que les personnes réfractaires au changement seront probablement moins enclines à adopter cette écriture. Mais pour ceux qui sont ouverts et prêts à apprendre, c'est un changement bénéfique et inclusif.


Est-ce que t'as des exemples à nous partager de campagnes marketing de clients que t'as pu accompagner sur la mise en place de l'écriture inclusive dans leur stratégie de communication et comment ça a été reçu par leur public ?

Stéphanie : Oui, environ cinquante pour cent de mes clients ont choisi d'adopter l'écriture inclusive. En général, cela se passe bien, principalement parce que ma clientèle partage souvent des valeurs sociales et engagées. Cependant, à une plus grande échelle, on remarque que l'écriture inclusive n'est pas encore très répandue.

Il y a un avantage à le faire. Par exemple, dans la conception rédaction et l'imagerie publicitaire inclusive, on voit des marques comme Dove avec leur campagne "Real Beauty" qui mettent en avant la diversité corporelle. Mais souvent, ces campagnes qui visibilisent les femmes sont rédigées au masculin, créant une dissonance.

En utilisant des symboles comme le point médian, on peut marquer l'imaginaire. C'est un symbole graphique différent qui pique la curiosité et augmente la mémorisation. Par exemple, Tiktok a utilisé l'écriture inclusive avec son slogan "Plus fort.e.s ensemble" pour le mois des fiertés, et Klarna a aussi adopté cette approche dans ses publicités.

Un autre exemple intéressant est le magazine français Paulette, qui a changé son nom en Paul.e pour être plus inclusif. Bien que les résultats financiers ne soient pas encore clairs, ces initiatives ont clairement fait parler d'elles et ont eu un impact marquant.

Il y a encore beaucoup de place pour l'inclusion des mots dans le marketing, et c'est une opportunité pour les marques. Cependant, il est important que cette inclusion soit authentique et cohérente avec les valeurs de l'entreprise.

Anaïs : Ouais, c'est sûr que si l'entreprise n'est pas inclusive, il y a d'autres choses à faire avant. J'ai déjà vu des exemples d'offres d'emploi. Je travaille avec des entreprises dans le secteur tech où le défi est de recruter des femmes. Je leur dis souvent que c'est la base : si tout est écrit au masculin neutre et si on ne voit que des hommes, en tant que femme, on n'a pas envie de postuler.

Stéphanie : Absolument, et c'est prouvé par des études. Ajouter simplement "programmeur.euse" dans l'intitulé de poste peut faire une grande différence.


Toi, comment est-ce que tu vois l'évolution du marketing en termes d'inclusivité et d'accessibilité dans les années à venir ?

Stéphanie : Je pense que l'inclusivité et l'accessibilité dans le marketing vont continuer à croître. Au Québec, un sondage récent indique que cinquante pour cent des professionnels du marketing utilisent déjà l'écriture inclusive, et cette tendance est en augmentation. Les gouvernements du Québec et du Canada ont publié des lignes directrices pour l'écriture inclusive, encouragées pour les employés de l'État. Les médias, les institutions et de plus en plus d'entreprises adoptent également ces pratiques.

Je m'attends à voir une uniformisation des pratiques d'écriture inclusive à l'avenir, car c'est encore un domaine en évolution. Les lecteurs automatiques pour les personnes malvoyantes ou non voyantes devraient également s'adapter pour mieux gérer l'écriture inclusive, de même que les moteurs de recherche pour assurer une meilleure compréhension des mots avec et sans point médian.

Il est crucial de ne pas pénaliser les marques qui choisissent d'écrire de manière inclusive. Par exemple, en tant que rédactrice, je me demande souvent si je devrais écrire "rédactrice" pour me visibiliser, même si les recherches pour "rédacteur" sont plus fréquentes. Cette question est encore plus pertinente pour des termes comme "ingénieur.e", où l'écart de visibilité est plus marqué.

Anaïs: Plutôt que de ne pas utiliser l'écriture inclusive, ce sont les outils qui doivent s'adapter. Je suis complètement d'accord. Et oui, je comprends bien l'importance de ne pas invisibiliser en utilisant correctement les termes.

Stéphanie: Malheureusement, c'est une réalité. Parfois, nous devons décider de laisser de côté le référencement pour certaines pièces de contenu, surtout lorsqu'il s'agit de pièces de positionnement ou de manifestes importants pour notre branding et notre engagement sur les réseaux sociaux. Chaque pièce de contenu doit être évaluée en fonction de ses objectifs, et parfois, il faut faire des compromis entre l'inclusion et le trafic.


Très intéressant. Stéphanie, quand tu entends parler de Slow Marketing, tu penses à quoi ?

Stéphanie: Oui, ça me fait penser à un marketing qui me plaît. Tout d'abord, c'est un marketing qui nous fait réfléchir, qui nous pousse à nous poser des questions et à améliorer nos pratiques. C'est un marketing qui nous challenge à être plus conscients et à ne pas simplement faire les choses à la va-vite ou de manière automatique.

C'est aussi un marketing qui ajoute de la conscience à ce que nous faisons, pour rendre nos actions plus significatives. J'espère que cela mènera à un marketing plus responsable à l'avenir. Oui, je dirais que c'est à cela que je pense quand j'entends Slow Marketing.


Stéphanie, si tu devais recommander une seule action que toutes les marques devraient adopter pour améliorer l'inclusivité dans leur communication, ce serait laquelle ?

Stéphanie: Absolument, je dirais de tester d'abord comment on se sent avec les différentes formes d'écriture inclusive. Encore une fois, je vais parler de mon outil Maxime, qui permet de tester les quatre formes principales d'écriture inclusive : la féminisation, l'écriture épicène, l'écriture non binaire et un mélange de ces méthodes.

Je recommanderais d'écrire un texte puis de le tester avec ces quatre formes d'écriture pour voir laquelle convient le mieux. Je fais souvent le parallèle avec le choix entre le "tu" et le "vous". Beaucoup de mes clients se posent cette question parce qu'ils veulent paraître accessibles et familiers tout en restant professionnels. La meilleure façon de savoir ce qui fonctionne est d'écrire un texte dans les deux versions. Souvent, la réponse devient claire rapidement.

Si l'écriture non binaire vous met mal à l'aise ou ne semble pas alignée avec votre marque, il vaut mieux peut-être commencer par des changements plus progressifs. Il est important de faire des petits pas, d'évoluer lentement mais sûrement, plutôt que de tout adopter d'un coup si vous ne vous sentez pas prêt.

Donc, pour résumer, je recommande d'utiliser Maxime ou un outil similaire pour tester les différentes formes d'écriture inclusive avec des exemples concrets. Ensuite, essayez de les appliquer dans une publicité ou un post sur les réseaux sociaux pour voir comment cela résonne avec votre audience et comment vous vous sentez par rapport à cela. Finalement, ajustez votre approche en fonction des retours et créez un guide de rédaction inclusive pour votre entreprise.



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